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Tahiti : Indo-Pacifique et routes de la soie, le point sur les interventions

Un colloque qui en dit long sur l'état d'esprit des partisans de la République Populaire de Chine.


La baguette deviendra-t-elle un symbole d'autorité ? Lors du colloque international sur le thème de "l'Indo-Pacifique et routes de la soie : les nouvelles stratégies mondiales", la Chine démontre qu'elle reste forte pour se mettre en scène, à coup de crises d'autoritarisme mal placées.


Vendredi 22 Novembre 2019

Cliquer sur la photo pour l'agrandir - Entrée principal de l'Université du Pacifique à Tahiti © VD/RGIP.
Cliquer sur la photo pour l'agrandir - Entrée principal de l'Université du Pacifique à Tahiti © VD/RGIP.
L'Université de la Polynésie française (UPF) menée à la baguette ? En cause, les crispations apparues à l'occasion du colloque international intitulé "l'Indo-Pacifique et routes de la soie : les nouvelles stratégies mondiales", organisé sur fond de riposte des Etats et territoires d'Océanie face à la montée en puissance de la Chine dans leur région.

Du 5 au 7 novembre 2019, trois jours intenses de discussions ont lieu à l’Université du Pacifique située à Outumaoro - Punaauia (île de Tahiti), sous l’égide de la Maison des Sciences de l’Homme du Pacifique (USR 2003 CNRS/UPF), sans oublier l'aide de l' Institut Confucius  installé dans les murs de l'UPF depuis 2013. Cette année là, l'Institut Confucius inaugurait son 16e établissement en France, avec trois cents premiers inscrits, des étudiants Chinois de Tahiti, des Européens et des Tahitiens, dans le quadruple but de "dispenser des cours de chinois, de délivrer les diplômes de langue chinoise, de participer à la diffusion de la culture chinoise traditionnelle et moderne et d'engager un dialogue de civilisations". 

C'est en vertu de ce dernier objectif que l'Institut Confucius sélectionne trois intervenantes pour mieux faire avancer la cause de leur pays, la Chine. Elles sont toutes issues de l'Institut de Diplomatie de Chine, décliné, au minimum, en trois départements : le Centre de recherche des études diplomatiques de l'Institut de Diplomatie de Chine, le Centre de recherche des relations internationales de l’Institut de la Diplomatie de Chine et le Département d’études françaises de l’Institut de Diplomatie de Chine. Les trois professeures prennent la parole, en anglais et en français, sous l'oeil attentif du bras droit du consul de la République Populaire de Chine en Polynésie française. 

Compte-tenu de l'enjeu pour la Chine, pour la France et pour la Polynésie française, la prudence et la circonspection sont de mise. Mais un événement extérieur imprévu bouleverse l'ordre établi. Il se produit le premier jour du colloque.

A la pause-café du matin, une personne distribue des feuilles de format A4 imprimées sur une page. Le tract, non signé, interroge le lecteur sur les procédés mis en oeuvre par la République Populaire de Chine en matière économique mais pas seulement. Courroucé, le président de l'Institut Confucius à l'Université de Polynésie française jaillit de sa boîte, proteste de façon véhémente, exige des excuses : la manifestation de la liberté d'opinion et d'expression, très courante dans un pays démocratique, serait pour lui inacceptable.

Dire que tout avait pourtant si bien commencé, à J-2 et J-1 avant le début du colloque, lorsque l'Institut Confucius faisait visiter les deux îles soeurs, Tahiti et Moorea, aux universitaires et chercheurs invités.

Malgré une disproportion certaine entre le tract et la réaction du président de l'Institut Confucius, des excuses sont présentées dès la reprise du colloque aux membres de la délégation chinoise, au sein même de l'Université française symbole de la liberté de penser.

Un peu plus tard dans la journée, une intervenante s'offusque à son tour, dans un français impeccable, de l'atteinte portée à l'image et à l'intégrité de son pays, "une civilisation de 5.000 ans". Elle trouve également la présentation "brutale". La divulgation des résultats d'une enquête sur l'opacité de l'aide chinoise aux Etats Océaniens sous forme de dettes serait, là aussi, inacceptable. Le Professeur Klaus-Gerd GIESEN (Université de Clermont-Ferrand) vient de livrer des détails sur une étude portant sur 1.974 prêts accordés par la Chine de 1949 à 2007. Dans sa réponse, il explique à son interlocutrice : "ce sont les faits qui sont brutaux".

Au deuxième jour du colloque, un nouveau cap est franchi avec une intervention dans la droite ligne de la propagande communiste chinoise datant du siècle dernier. Celle-ci est doublée d'un dessin où l'on voit des enfants se disputer un jouet. La question est posée : "à qui appartient le jouet et comment résoudre le conflit ?" La réponse est donnée : "il faut dire aux enfants qu'ils ne doivent pas se battre mais partager le jouet, car ils sont frère et soeur, et seule la fraternité compte". La Chine populaire serait d'ailleurs le pays qui mettrait en oeuvre, mieux que personne, cette qualité ; comme un écho à l'inauguration, cinq semaines plus tôt, par Xi Jinping à Beijing (Pékin), des célébrations des 70 ans du régime communiste chinois (et à économie capitaliste).

Cliquer sur la photo pour l'agrandir - le mot de la fin du Pr Xiaoxia WANG, dernière intervention chinoise au colloque © photo VD/RGIP
Cliquer sur la photo pour l'agrandir - le mot de la fin du Pr Xiaoxia WANG, dernière intervention chinoise au colloque © photo VD/RGIP
Ce jour-là, une autre intervention publique se termine par des mots terribles. Projetés en français et en mandarin sur le grand écran de l'amphithéâtre, le message ne trompe personne :
"Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse".
Pr Xiaoxia WANG (professeur dans le Département d’études françaises de l’Institut de Diplomatie de Chine) - UPF, le 6 novembre 2019.

Au matin du troisième et dernier jour du colloque, les bancs de la délégation chinoise sont vides. Il est vrai qu'un journaliste voulait interviewer deux de ses membres, après leur avoir communiqué les questions à l'avance, en vue de la réalisation d'un documentaire pour la chaîne européenne Arte. Une fois de plus, ce serait inacceptable de répondre ouvertement à des médias.

L'après-midi, la délégation revient discrètement s'asseoir parmi le public, en haut de l'amphithéâtre, pour écouter les conclusions du colloque et la dernière séance de questions - réponses.

Ainsi ce colloque du bout du monde aura-t-il renseigné de multiples façons sur l'état d'esprit qui règne, en 2019, chez les Chinois dans l'appareil d'Etat de la République Populaire de Chine.

Mais de quoi les Chinois ont-ils peur ?

Car les Chinois ont peur.

La Chine a peur de s'appliquer à elle-même ce qu'elle aime à répéter à ceux qu'elle veut infantiliser pour mieux les contrôler.

La Chine, cette grande nation qui est capable de déstabiliser une île, une région ou un pays entier en envoyant d'un coup 30.000 de ses ressortissants à l'étranger, cette grande nation a peur.

Elle a peur d'être obligé de partager, comme dans l'exemple des enfants qui crient pour se disputer, et cités plus haut par le Profeseur Wenjuan NIE, vice-directrice du Centre de recherche des relations internationales de l’Institut de la Diplomatie de Chine.
Peur également de partager la liberté confisquée, peur d'instaurer des droits en faveur des enfants, des plus démunis, dans le respect de l'autre, dans le respect de la liberté de penser, de croyances, d'opinion, sans oublier la peur du devoir d'organiser des élections libres.

Le véritable enjeu de l'Indo-Pacifique, dont la stratégie en est à ses débuts, se situe peut-être à ce niveau.

De leur côté, les pays tiers gagneraient à demeurer ferme face aux exigences démesurées et aux multiples pressions dont la Chine rouge est si friande, partout et chaque fois où son intérêt seul l'exige. Pour les pays Océaniens, il s'agit de se faire respecter ; ou pas. Telle est la question, tout simplement.
En cas de crises d'autoritarisme toujours possible, il faut savoir casser les baguettes. La baguette ne deviendra pas un symbole d'autorité.


Prochainement dans la Revue géopolitique Indo-Pacifique

​Nouvelle revue ayant pour ligne éditoriale l'actualité de l'Indo-Pacifique, des articles sont en préparation concernant le traitement de ce colloque sous toutes ses facettes.

Il s'est déroulé de la façon suivante :

Mardi 5 novembre 2019

Plaque de l'Institut Confucius à l'Université de Polynésie française et le logo de l'Institut Confucius © UPF.pf (2015)
Plaque de l'Institut Confucius à l'Université de Polynésie française et le logo de l'Institut Confucius © UPF.pf (2015)

Accueil et ouverture officielle du colloque
 

- Allocutions officielles du Président de l'Université, du Président de la Polynésie française et du Haut-Commissaire de la République en Polynésie française.
 

- Présentation du colloque par le Dr Jean-Marc REGNAULT (maître de conférences honoraire, chercheur associé au GDI)

 

Pause café

 

1. Aperçu historique

Modérateur : Dr Sémir AL WARDI

 

1.1 L’héritage des routes navales : quelle boussole pour la vieille Europe ?

Jean-Pierre BAT (Centre d’analyse de prévention et de stratégie, Quai d’Orsay)

 

1.2 La France et ses terres d’Océanie (1940 à nos jours) : des intérêts réciproques ?

Dr Jean-Marc REGNAULT (Université de la Polynésie française)

 

 Séance de questions - réponses & pause-déjeuner.

 

2. Les enjeux économiques

Modérateur : Pr Christian MONTET

 

 2.1 La stratégie géo-économique chinoise auprès des appareils d’État océaniens

Pr Klaus-Gerd GIESEN (Université de Clermont-Ferrand)

 

2.2 China’s belt and road initiative, an analysis based on a gravity model

Pr Vincent DROPSY & Dr Sylvain PETIT (Université de la Polynésie française)

 

Séance de questions - réponses & pause-café.

 

2.3 Le nickel dans le Pacifique : un marqueur du nouvel axe Indo-Pacifique ?

Dr Yann BENCIVENGO (Université de la Polynésie française)

 

2.4 Energy and the Indo-Pacific : does Nuclear Power have a Future ?

Pr Randy WILLOUGHBY (University of San Diego)

 

Séance de questions - réponses.


 


Mercredi 6 novembre 2019

Cliquer sur l'image pour agrandir - Intervention pour expliquer "à qui appartient le jouet et comment résoudre ce conflit : en disant aux enfants qu'ils ne doivent pas se battre et partager" © photo VD/RGIP
Cliquer sur l'image pour agrandir - Intervention pour expliquer "à qui appartient le jouet et comment résoudre ce conflit : en disant aux enfants qu'ils ne doivent pas se battre et partager" © photo VD/RGIP

3. Les stratégies des Etats

Modérateur : Pr Jean-Paul PASTOREL

 

3.1 À chacun son Indo-Pacifique : une vision française

Frédéric GRARE (Centre d’analyse de prévention et de stratégie, Quai d’Orsay)

 

3.2 The Role of the European Union in Asia Pacific

Pr Zhenling WANG (professeur et vice-directrice du Centre de recherche des études diplomatiques de l’Institut de la Diplomatie de Chine)

 

3.3 La collaboration franco-australienne dans le domaine de la défense

Marvin GIRELLI (doctorant, Université de la Polynésie française).

 

Séance de questions - réponses & pause-café

 

3.4 New Zealand’s interest and engagement in the « Indo-Pacific » and theirs consequences

Pr Iati IATI (University of Otago)

 

3.5 Ancrée dans le Pacifique –rôle et ambitions de la Nouvelle-Zélande Aotearoa au XXIe siècle

Dr Gregory ALBISSON (Université de Grenoble)

 

3.6 Regard russe sur la zone du Pacifique à travers les presses universitaires et les mass médias

Irina KOZLOVA (doctorante, Université de Bordeaux-Montaigne) *

 

3.7 Recherche sur les contributions de l’océan Indien au concept d’Indo-Pacifique

Pr Laurent SERMET (Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence)

 

Questions - réponses & pause-déjeuner

 

4. Géostratégie

Modérateur : Pr Peter BROWN (Australian National University)

 

4.1 The Comparison of Asia Pacific regional order views between U.S. FOIP and China’s BRI

Pr Wenjuan NIE (professeur et vice-directrice du Centre de recherche des relations internationales de l’Institut de la Diplomatie de Chine)

 

4.2 Le rôle croissant des États-Unis et de l’Australie dans la compétition diplomatique entre la Chine et Taiwan dans le Pacifique

Pr Jean-Pierre CABESTAN (Université baptiste d’Hong Kong)

 

4.3 Converging Anticipatory Geographies in Oceania : the Belt and Road Initiative and Look North in Fiji

Henryk SZADZIEWSKI (doctorant, University of Hawaii at Maona)

 

Séance de questions - réponses & pause-café

 

4.4 La marine chinoise dans le Pacifique : diplomatie navale, ambitions, stratégies et réalités opérationnelles

Pr Emmanuel VÉRON (enseignant-chercheur, École navale) **

 

4.5 Une “stratégie” sans racine culturelle n’aura pas d’avenir

Pr Xiaoxia WANG (professeur dans le Département d’études françaises de l’Institut de Diplomatie de Chine)

 

Séance de questions - réponses.


Jeudi 7 novembre 2019

5. Implications politiques et géostratégiques en Océanie ?

Modérateur : Dr Jean-Marc REGNAULT

 

5.1 États insulaires du Pacifique et d’Asie du Sud-est : points d’appui… ou point de départ de l’Indo-Pacifique ?

Pr Éric FRÉCON (École navale)

 

5.2 Négocier les interdépendances. La politique internationale du FLNKS (Nouvelle-Calédonie)

Dr Patrice GODIN (Université de la Nouvelle-Calédonie)

 

5.3 L’axe Indo-Pacifique : un nouvel impératif au-dessus des Océaniens ?

Dr Sémir AL WARDI (Université de la Polynésie française)

 

Séance de questions - réponses & pause café

 

5.4 Kakadu-Kwajalein-Kako’olawe. Axe Indo-Pacifique et Nouvelles routes de l’impérialisme nucléaire

Dr Anaïs MAURER (Visiting Assistant professor, Colby College, USA)

 

5.5 Pacific ‘climate soft diplomacy’ leverage in Indo-Pacific geopolitics

Pr Georges CARTER (Australian National University)

 

Séance de questions - réponses & pause-déjeuner.


6. Conclusion

Modérateur : Pr Florence POIRAT

 

6.1 La stratégie BRI de la Chine vers la Russie et l’Asie centrale et les conséquences pour la Russie

Valérie NIQUET (Maître de recherche, Fondation pour la recherche stratégique (FRS)

 

6.2 Indo Pacifique et les routes de la soie : les défis stratégiques

Pascal BONIFACE (Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d’Etudes européennes de l’Université de Paris 8)

 

Séance de questions-réponses.

 

Dîner de gala.


Des interventions particulières

- * Irina KOZLOVA (doctorante, Université de Bordeaux-Montaigne) n'ayant pas pu arriver à temps à Tahiti pour son intervention (elle n'a "pas obtenu de visa" pour se rendre de Paris en Polynésie française). Son intervention est lue : le "Regard russe sur la zone du Pacifique à travers les presses universitaires et les mass médias".

 

- ** Pr Emmanuel VÉRON (enseignant-chercheur, École navale) n'ayant pas pu se rendre à Tahiti pour des raisons familiales, il réalise une vidéo : "La marine chinoise dans le Pacifique : diplomatie navale, ambitions, stratégies et réalités opérationnelles".

 

- Zag Puas (CRIOBE et ANU Australian National University) ayant eu également un empêchement, Dr Tamatoa Bambridge choisit de ne pas intervenir tout seul sur "La sécurité alimentaire entre les îles du Pacifique, la Chine et l’Amérique latine".





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